© Stéphane Poirier
© Stéphane Poirier

 J’ai parfois l’impression qu’il se passe quelque chose de magique en racontant. Je deviens l’instrument par lequel l’histoire passe et le public semble la vivre à sa façon aussi.  Ainsi, lorsque je conte à la bibliothèque dans laquelle je travaille, je retrouve des enfants que je connais bien, des mamans qui sont devenues des copines et je me sens comme à la maison. Le courant passe (faut dire qu’ils sont bon public) et l’important n’est pas la performance mais de passer un bon moment ensemble.

Cependant, conter ce n’est pas toujours livrer une histoire à des oreilles attentives, s’exprimer devant des bouches bées d’admiration, offrir le meilleur de soi-même dans un bain de silence digne d’un dimanche matin à la chapelle du coin.

Je suis toujours un peu dubitative lorsque je lis sur les réseaux sociaux quelques copains/copines conteurs remerciant le ciel à chacune de leurs interventions pour l’attention, l’enthousiasme, la participation, l’écoute… du public. Je me dis des fois qu’on ne conte probablement pas dans les mêmes endroits.

D’après mon expérience, conter nécessite bien souvent des qualités autres que l’art de savoir raconter une histoire.

C’est aussi envoyer la gomme dans les fêtes, les festivals, alors que la musique bat son plein, que des avions décollent à côté, qu’au milieu d’une histoire des danseuses du ventre commencent leur show et que soudain tout le monde se fout de savoir si la princesse va être sauvée ou pas. C’est faire en sorte de garder le lien lorsqu’une bande d’ados discute à voix haute, lorsque le petit frère hurle de faim ou de fatigue, lorsqu’on ne compte plus les entrées et sorties (et la porte qui claque à chaque fois) dans une salle bondée pendant le marché de Noël… C’est accepter, comme récemment  avec ma copine Za’, qu’une maman se dépêche de filer avec ses enfants dès qu’on entonne une chanson car il lui est interdit d’écouter autre chose que de la musique ou des chants religieux…

Mais c’est grâce à tous ces couacs, à tous ces moments d’inattention, que conter devient un terrain de jeu où l’impro, la créativité du moment prennent tout leur sens et donnent des fruits aussi beaux qu’inattendus.

Fabienne